Le Tayaut

Le TAYAUT fait partie des artifices de style qui caractérisent la manière de sonner de la trompe, en plus du piqué, du vibrato, du rythme, du hourvari, etc. Il faut généralement quelques mois (parfois des années) pour parvenir à approcher cette technique. D’une part, elle nécessite plusieurs action corporelles simultanées, et d’autre part, un tayaut correct ne peut être exécuté que lorsque le corps effectue ces actions de manière précise.

Le tayaut est censé simuler l’aboiement des chiens en meute, lors de la chasse. Cet artifice de style particulier n’existe que dans la trompe, et contribue, en plus de la couleur fascinante de son timbre, à rendre cet instrument si particulier. 

On connaît le tayaut simple et le double tayaut. Le tayaut simple se sonne sur la durée d’un quart de note, que l’on séparera en deux huitièmes de note, le premier huitième étant piqué et le deuxième tayauté.

Pour les doubles tayauts, il s’agit en général de trois huitièmes de notes consécutifs sur le même ton – parfois il peut aussi s’agir d’un quart de note pointé. Pour leur exécution, on commencera également le premier huitième par un piqué, les deux huitièmes suivants étant tayautés.

Le tayaut est produit par la sollicitation conjointe de plusieurs parties du corps, ce qui rend l’opération particulièrement difficile pour les débutants, car cela nécessite la mise en action simultanée de plusieurs processus :

  • Lors de la respiration, il faut inspirer le plus grand volume d’air possible (voir le blog sur la respiration, 2ème partie) et faire en sorte que la pression exercée par la musculature correspondante soit maximale (voir le blog sur la respiration, 1ère partie), ce qui est la base de toute technique.
  • Les dents doivent être aussi espacées que possible, de manière à ce que l’on puisse au moins y glisser son propre auriculaire. Les lèvres, quant à elles, doivent être suffisamment rapprochées, de manière à pouvoir vibrer ensemble, émettant un son décontracté – un peu comme lorsqu’on mâche un chewing-gum, et que les dents s’écartent, sans que les lèvres ne s’ouvrent (base de toute technique, voir le blog sur le piqué)
  • La première partie du tayaut commence par un piqué. La pointe de la langue, positionnée entre les lèvres se retire alors en ligne droite. Ce retrait de la langue provoque une vibration des lèvres, dont résulte le piqué (lien vers le blog du "PIQUÉ").
  • Dans la deuxième partie, qui consiste maintenant réellement à exécuter le tayaut, la langue est projetée vers l’avant, presque comme pour un piqué. A ce stade, son point d’impact est capital. L’endroit exact où la pointe de la langue va s’appuyer est directement situé sous les incisives supérieures, sur la lèvre supérieure (pas sur les incisives supérieures). Dans ce mouvement, le flux d’air ne doit pas être interrompu, contrairement à ce qui se passe dans l’exécution du piqué. Le résultat de ce coup de langue est la production d’un son très élevé, qui résulte de l’ouverture minime créée entre la langue et la lèvre supérieure, ce qui a pour effet une forte compression du flux d’air. La langue est projetée en avant, puis immédiatement retirée. Ce mouvement de langue est si rapide, qu’on peut l’assimiler à un claquement de fouet. Au moment où la langue touche la lèvre supérieure (sans interruption du flux d’air), la vibration des lèvres l’une avec l’autre s’interrompt et fait place à une vibration entre la lèvre supérieure et la langue. Cela ne dure toutefois pas plus longtemps que le bref contact direct entre la langue et la lèvre supérieure. Aussitôt que la langue se retire, le son se poursuit par la vibration des lèvres, sans interruption de l’émission. 

Etant donné que ce processus est extrêmement rapide, on sent à peine que la langue vibre avec la lèvre supérieure. En fait, on ne s’aperçoit du phénomène que lorsque l’on décompose cette articulation dans le temps.

 

Animation Video en mouvement lent: https://youtu.be/Qowy8_n0c8E 

 

Animation Video en Ton-de-Vènerie: https://youtu.be/7zapE1knfZs 

 

A cela s’ajoute que, au moment précis où la langue vibre avec la lèvre supérieure, une impulsion est donnée avec le ventre. Cette impulsion ressemble à ce qui se passe lorsqu’on tousse (une fois), tout en veillant à ce que la pression de base soit toujours maintenue.

 

Pour quelle raison ne parviens-je pas à produire le tayaut, bien que j’aie pourtant tout fait juste ??

Une des raisons possibles:

Est-ce que les dents ont la bonne position?

Si les dents sont trop rapprochées, cela provoque, chez de nombreux sonneurs, une sorte de mouvement de mastication à chaque note, cela signifie que, pour éviter que le son ne soit trop étriqué, ou pour réussir à exprimer certaines notes, le sonneur ouvre brièvement les lèvres, donc, la mâchoire inférieure s’abaisse légèrement. Ceci donne l’impression que le sonneur mâche lorsqu’il sonne.

Certains sonneurs ont les dents trop serrées au moment de commencer une phrase, et ils les ouvrent lorsqu’ils émettent la première note. A la fin de la phrase ou à la phrase suivante, le problème revient.

Une ouverture trop tardive des dents peut avoir pour conséquence que la musculature du ventre doit pousser plus d’air au moment de l’ouverture, car le passage est soudainement plus grand. Cela provoque une plus grande charge de la musculature abdominale, qui doit soudain pousser l’air très rapidement, pour compenser la place supplémentaire. Cela provoque fréquemment des notes pas très nettes, car le corps ne peut pas se baser sur une compression définie, mais doit, à chaque ouverture et fermeture des dents, constamment modifier la pression de la colonne d’air, en fonction de l’ampleur du changement par rapport à la position de départ. 

Chez les sonneurs qui « mâchent » à chaque note, ces dernières ne sont souvent pas très nettes, voire ils ne parviennent pas toujours juste sur le ton, ce qui provoque des fausses notes. 

Chaque note a une amplitude, dont l’étendue s’entend bien lorsqu’on exprime le vibrato sur la note en question. La note correcte se situe toujours au milieu de cette amplitude. Si la note est sonnée trop haut, il manquera alors la place pour des artifices de style, comme par exemple le tayaut ou le vibrato. Si on effectue un mouvement de mastication, se poser au milieu de la note devient réellement très difficile. Il est nettement plus agréable d’ouvrir suffisamment la bouche et d’augmenter la pression par la colonne d’air.

Dans ce contexte, on peut se poser la question de la nécessité de choisir une autre embouchure, car la taille de cette dernière n’est peut-être pas adaptée. Cela peut également être la raison qui pousse (inconsciemment) le sonneur à « mâcher », plutôt qu’à garder la bouche bien ouverte, car sa musculature labiale ne lui permet pas de résister à la pression de la colonne d’air. C’est ce qui se passe lorsque l’embouchure est trop grande. 

Un autre problème provoqué par cette façon de sonner :

Lors de suites rapides de notes, il se peut que la mâchoire n’arrive pas à bouger à la même vitesse. De ce fait, le sonneur ralentit le rythme ou ne parvient pas à articuler proprement les artifices de style, comme les piqués ou les tayauts.

Parfois, il arrive qu’un sonneur recoure à un léger mouvement de mastication pour, par exemple, faire sonner une piqué « cloche ». Le piqué cloche peut toutefois être obtenu avec une technique un peu différente, à savoir, en laissant les dents ouvertes et en produisant le son « cloche » grâce au mouvement de langue. 

Pour y parvenir, nous proposons l’exercice suivant, sans la trompe :

Comme lorsque l’on sonne, les dents sont suffisamment écartées pour que notre petit doigt puisse se glisser entre elles (on peut aussi laisser un doigt entre les incisive). La bouche reste légèrement ouverte, et on chante :

« tau-tau-tau-tau-tau »

Lorsqu’on sonne, la langue effectue ce même mouvement. Il n’est donc pas nécessaire de lever et d’abaisser la mâchoire inférieure à chaque note.